
Alors que les accidents se multiplient, un drame récent lors d'une procession de Cavadee a relancé le débat sur l’aptitude à conduire avec l’âge. Il met en lumière la nécessité de repenser les règles, les contrôles médicaux et les responsabilités de tous les usagers pour endiguer l’hécatombe sur les routes.
Deux décès de plus en un jour
Un motocycliste de 21 ans et une piétonne octogénaire ont trouvé la mort dans des accidents de la route, mardi. L’accident impliquant Mohammad Sariyah Ganga s’est produit le mardi 3 février, vers 16 h 30, à hauteur du Mahatma Gandhi Institute, à Moka. Ce jeune motocycliste sortait de St-Pierre et roulait vers Réduit lorsqu’il a percuté l’arrière d’une voiture allant dans la même direction.
Violemment projeté sur la chaussée, le jeune homme a été grièvement blessé. Un autobus arrivant en sens inverse a heurté sa motocyclette. La victime a été transportée d’urgence à l’hôpital Dr A. G. Jeetoo à PortLouis par ambulance.
Les chauffeurs de la voiture et de l’autobus ont été entendus par la police. Les tests d’alcoolémie pratiqués sur eux se sont révélés négatifs. Leurs dépositions ont été enregistrées et une notification d’intention de poursuites leur a été servie. Le lieu de l’accident a été examiné dans le cadre de l’enquête.
Malgré les soins prodigués, Mohammad Sariyah Ganga a succombé à ses blessures vers 20 h 35 le même jour. Son décès a été constaté par un médecin de garde et son corps transféré à la morgue de l’hôpital sir Anerood Jugnauth à Constance où une autopsie a été pratiquée pour déterminer la cause exacte de son décès.
Sa sœur raconte qu’il gérait un car wash et nourrissait une véritable passion pour l’automobile. Benjamin d’une famille de quatre enfants, il s’était marié depuis cinq mois. «Li ti ena so carwash ek li ti ena enn pasion pou loto. Li ti pas letan okip so loto», confie-t-elle. Il allait à Rose-Hill lorsque l’accident s’est produit.
Les piétons pas à l’abri
Un autre accident de la route a eu lieu le même jour à Circonstance, St-Pierre et a coûté la vie à Dumun Badnoonissan, 87 ans. L’octogénaire, qui était à pied, a été renversée par une voiture sur la route principale, à hauteur d’un virage serré.
Alertés, les secours se sont rendus sur place mais elle n’a malheureusement pas survécu à ses blessures. L’autopsie pratiquée le même jour a conclu à un choc causé par de multiples blessures. Son corps a été remis à ses proches pour les funérailles.
Le conducteur du véhicule qui l’a heurtée a comparu devant le tribunal de Moka et une accusation provisoire d’homicide involontaire par imprudence a été retenue contre lui. Il a toutefois été remis en liberté conditionnelle après avoir fourni une caution de Rs 26 000 et signé une reconnaissance de dette de Rs 150 000.
À ce stade, aucun témoin indépendant ne s’est manifesté. L’enquête policière suit son cours afin d’établir avec précision les circonstances de ces deux accidents.
Vieillir et conduire ne tiennent pas la route ?
L’accident survenu le dimanche 1er février lors d'une procession de Cavadee, impliquant une personne âgée et un policier, a ravivé un débat sensible, mais incontournable : celui des personnes âgées au volant. Sans tirer de conclusions hâtives sur un cas précis, l’événement a néanmoins relancé les interrogations sur leur aptitude à conduire dans un contexte où les accidents de la route, qu’ils soient mineurs ou fatals, continuent de marquer l’actualité depuis le début de l’année.
Pour certains, il serait opportun d’exiger des conducteurs ayant atteint un certain âge de repasser des examens ou de se soumettre à des contrôles plus réguliers. D’autres, en revanche, estiment qu’avec l’âge vient aussi la prudence, l’expérience et une conduite plus méticuleuse. Une chose est sûre : le sujet est désormais sur la place publique. Avec l’introduction récente du permis à points, les règles ont évolué afin de responsabiliser davantage les usagers de la route. Pourtant, malgré ce dispositif, certaines infractions persistent, alimentant les réflexions sur d’éventuelles mesures complémentaires.
Interrogé sur la question, le ministre des Transports terrestres, Osman Mahomed, a rappelé que le dossier est à l’étude au sein du National Road Safety Council, un comité qui inclut notamment un représentant du ministère de la Santé. Il a souligné qu’avant 2009, certaines pratiques existaient déjà, mais qu’un jugement de la Cour suprême rendu en juin de cette année-là avait établi qu’il n’existe pas de limite d’âge légale pour conduire à Maurice.
«La question est de savoir si l’on peut laisser la situation telle quelle ou s’il faut réfléchir à des ajustements, en s’inspirant de ce qui se fait ailleurs», a indiqué le ministre, précisant que des recommandations pourraient être soumises au gouvernement après concertation. Il a évoqué, à titre personnel, la possibilité qu’à partir de 60 ou 65 ans, un conducteur puisse rencontrer un Police Medical Officer afin d’évaluer son aptitude médicale à conduire, tout en rappelant que toute décision relèverait du National Road Safety Council.
🟦 Certificat médical plutôt que limite d’âge
Du côté des professionnels de la conduite, le débat est accueilli avec prudence. Pour Ashraf Sohawon, président de la Driving Instructors Association, l’âge à lui seul ne peut être un critère déterminant. «Certaines personnes de 70 ans et plus sont en excellente santé», souligne-t-il, tout en reconnaissant que des problèmes de vue, d’ouïe ou de réflexes peuvent apparaître avec le temps. Il plaide ainsi pour l’introduction d’un certificat médical attestant de l’aptitude à conduire, plutôt qu'une interdiction liée à l’âge. Revenant sur l’accident de dimanche, il insiste sur le caractère isolé de ce type de situation et rappelle que des malaises au volant peuvent aussi toucher des conducteurs plus jeunes. «À mon avis, dès l’âge de 40 ans, surtout pour les professionnels de la route, un suivi médical pourrait renforcer la sécurité», ajoute-t-il.
Pour Barlen Munusami, expert en sécurité routière, la question doit être abordée avec nuance. Il rappelle que les pratiques varient selon les pays : il n’y a aucune limite d’âge en France pour conduire mais il y a des restrictions spécifiques en Italie pour les conducteurs de poids lourds. «Il ne faut pas fixer de limite d’âge arbitraire, mais réévaluer régulièrement les capacités physiques et mentales», estime-t-il.
Sujet sensible dans une population vieillissante
Selon Barlen Munusami, les maladies et les problèmes de santé ne concernent pas exclusivement les personnes âgées. «Les plus jeunes peuvent aussi être touchés par des problèmes cardiaques ou autres», souligne-t-il, mettant en garde contre toute stigmatisation. Il note également que les statistiques montrent que les personnes âgées ne figurent pas parmi celles impliquées dans le plus grand nombre d’accidents mortels, ceux-ci étant souvent limités à des dégâts matériels. Enfin, il rappelle qu’avec l’âge vient aussi l’expérience. «Une personne de 60 à 65 ans a souvent plus de 40 ans de conduite. Elle roule généralement moins vite, évite de conduire la nuit et adopte un comportement plus prudent», affirme-t-il.
Entre sécurité routière, respect des droits individuels et adaptation à une population vieillissante, la question de l’âge et de la conduite mérite une réflexion approfondie et collective. Si aucune solution unique ne fait consensus, l’idée d’une évaluation médicale régulière semble s’imposer comme une piste sérieuse, capable de concilier prévention et équité.
21 victimes de la route à ce jour
Le décès de Mohammad Sariyah Ganga porte à 21 le nombre de personnes ayant perdu la vie sur les routes depuis le début de l’année. À la même période en 2025, le bilan était inférieur de trois victimes, avec 18 morts. Selon les données officielles ventilées par catégorie et par genre, les 21 victimes recensées jusqu’ici se répartissent comme suit : 15 hommes et six femmes. Parmi elles figurent quatre piétons (deux hommes et deux femmes), sept conducteurs (six hommes et une femme), cinq motocyclistes – tous des hommes – et cinq passagers (deux hommes et trois femmes).
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