
Les véhicules hybrides et électriques, jusque-là encouragés, sont de nouveau taxés, tandis que les modèles conventionnels sont soumis à des taux revus à la hausse, oscillant entre 45% et 100%. Après un mois de juillet 2025 soutenu par la livraison de véhicules déjà dédouanés avant ces mesures, les ventes ont rapidement chuté dès août, une situation que craignaient les opérateurs du secteur.
Cette nouvelle fiscalité a entraîné une hausse marquée des prix, freinant considérablement la demande et, par ricochet, les ventes. Des modèles autrefois très prisés peinent désormais à trouver preneur. Certains véhicules, passés de Rs 2,1 millions à Rs 3,2 millions, ne trouvent plus d’acheteurs. D’autres, vendus auparavant autour de Rs 1,5 million, sont aujourd’hui proposés à Rs 2,2 millions, limitant la clientèle, souvent aux acheteurs bénéficiant de duty-free. Un véhicule passé de Rs 1,2 million à Rs 1,9 million, demeure hors de portée pour de nombreux acheteurs. «Nous avons remarqué que les ventes sont toujours à la baisse, d’environ 40%. La vente tournait autrefois – avant les mesures budgétaires de 2025-2026 – dans une moyenne de 1500 véhicules par mois. L’accumulation des stocks s’explique également par des commandes qui n’ont pas pu être annulées après les annonces budgétaires et ont continué d’arriver sur le marché. Le stock de voitures neuves s’est accumulé. Certains modèles peinent à trouver preneur. Au fil des mois, les coûts liés au stockage et à l’immobilisation des véhicules deviennent de plus en plus lourds pour les concessionnaires», explique Mrinal Teeluck, secrétaire général de la Motor Vehicles Dealers Association (MVDA).
Face à cette situation, les concessionnaires tentent d’écouler leurs stocks en multipliant les offres promotionnelles. Les remises se généralisent et s’intensifient depuis le début de l’année. Les rabais varient selon les marques et modèles, allant de Rs 50 000 à Rs 400 000. Sur une voiture d’un million de roupies, il est impossible d’accorder une remise de Rs 500 000, souligne Mrinal Teeluck, pour illustrer les limites de ces réductions. Toutefois, malgré ces efforts, les prix restent élevés pour une partie de la population.
Zaid Ameer, président de la Dealers in Imported Vehicles Association (DIVA), abonde dans le même sens : «Les concessionnaires restent liés à des engagements avec les entreprises automobiles, qui imposent des volumes d’importation sur des périodes définies. Certaines offres incluent aussi des garanties prolongées. Comme les stocks ne sont pas écoulés, les concessionnaires doivent trouver des moyens pour attirer les clients et faire de la vente.»
La baisse de la demande touche à la fois les véhicules neufs et d’occasion. Sur le marché de l’occasion, ajoute-t-il, la baisse est estimée entre 35% et 40%. Seuls certains véhicules utilitaires – petits camions et vans – continuent de susciter de l’intérêt. «Les consommateurs n’ont plus la volonté d’acheter. Avec la hausse du coût de la vie – électricité, carburant, gaz ménager, produits alimentaires – et les incertitudes économiques, l’achat d’une voiture n’est plus une priorité», fait ressortir Zaid Ameer. «Les ménages privilégient désormais les dépenses essentielles dans un climat marqué par les inquiétudes liées à l’emploi et au contexte international.Il n’y a pas de lumière au bout du tunnel. Le traumatisme du Covid-19 est encore dans la tête des Mauriciens», constate-t-il.
Face à ces difficultés, les concessionnaires ont déjà commencé à ralentir leurs importations. Mais entre stocks à écouler, contraintes contractuelles et pression sur la trésorerie, le secteur reste sous tension, dans l’espoir de mesures susceptibles de redresser la situation. Il évolue désormais en attendant le prochain budget et un éventuel ajustement de la fiscalité. «Il y a une attente pour revoir la taxe sur les véhicules, surtout les hybrides. Les véhicules électriques posent un problème en raison de la pression sur la demande d’électricité et du retard dans l’installation du photovoltaïque. Les véhicules hybrides, eux, permettent une économie d’environ 50% et existent depuis 15 à 20 ans sur le marché, ce qui a permis une certaine adaptation… Pour le prochain budget, nous travaillons sur des propositions bien illustrées. Dès que nous sommes appelés aux consultations, nous soumettons nos propositions détaillées.» Selon Zaid Ameer, les recettes attendues par l’État dans ce segment n’auraient pas été atteintes en raison d’une baisse limitée, ce qui pourrait ouvrir la voie à une révision des mesures mises en place.