Selon les chiffres de la National Land Transport Authority (NLTA) publiés en 2023, deux McLaren neuves ont été vendues en juin, une en août et deux en octobre. En 2024, quatre McLaren neuves ont trouvé preneur, tandis que le marché des véhicules de seconde main reste bien plus actif. Toutefois, selon les compagnies elles-mêmes, ces trois marques ne disposent pas de représentation officielle à Maurice.
Commercialisant principalement des voitures de seconde main, Karim Abbasakoor, CEO de Car Club, avance que ces voitures de luxe sont vendues «de temps en temps», à travers les commandes des clients. L’engouement pour ces voitures, dit-il, est alimenté par une fiscalité avantageuse sur les hybrides, ce qui fait une énorme différence au niveau des coûts. Concernant le nombre de ces voitures vendues par an, il indique qu’il peut en vendre un maximum de trois. «Ce sont vraiment les passionnés qui s’achèteront une supervoiture», dit-il. Les marques les plus prisées chez lui sont Ferrari et Aston Martin, même si les volumes restent faibles. Pour lui, être propriétaire d’une supervoiture réside dans le plaisir d’être à son volant, et non dans l’envie de rouler vite sur la route. «Nous n’avons pas le meilleur bitume ni 3 000 km d’autoroute, mais nous pouvons toujours profiter de notre véhicule», dit-il. En ce moment, Car Club prévoit d’importer deux supervoitures à Maurice. Il avance qu’avant le budget de juin 2025, il y a un «rush» de la part des clients pour importer ces voitures.
L’engouement pour ces supervoitures est confirmé par Zaid Ameer, président de la Dealers in Imported Vehicles Association (DIVA), qui indique qu’une petite quantité de véhicules haut de gamme a été importée à Maurice. «Il existe un petit pourcentage de personnes qui apprécient ces véhicules et le luxe qui y est associé. Ces acheteurs ont les moyens d’acquérir ces voitures, et à Maurice, il y en a», dit-il. Malgré les critiques émises sur l’état des routes, il affirme que pour les propriétaires, ni la qualité des routes ni les contraventions ne constituent des préoccupations majeures. En cas de panne, il estime que ces propriétaires ont les moyens d’envoyer leur voiture par avion pour réparation. Quant à l’obtention des pièces détachées à Maurice, il avance que cela ne constitue pas un frein : pour ces propriétaires, leur véhicule est unique. «La demande existe, contrairement à ce qu’indique le rapport sur l’état de l’économie», fait-il remarquer.
Il ajoute que si une marque n’est pas représentée à Maurice, un importateur peut tout de même l’importer. «La loi ne dit pas que si une marque n’est pas représentée à Maurice, elle ne peut pas être importée. Mais si elle est représentée, on ne pourra pas l’importer sans l’autorisation de son représentant», précise-t-il. Il ajoute que certaines personnes profitent des lacunes dans la législation, sachant que certaines marques ne sont pas représentées localement. Elles importent ces véhicules de l’étranger et les revendent sur le marché local à un prix supérieur. «Il existe des failles dans la loi concernant les véhicules sans représentation officielle à Maurice. C’est pourquoi ces véhicules font leur entrée sur le marché mauricien», explique-t-il. Il souligne également que certaines personnes «très intelligentes» dans le secteur automobile tirent parti de cette situation pour importer ces véhicules. Pour Zaid Ameer, la véritable question est de savoir comment ces véhicules parviennent à Maurice.
Dans notre édition de mercredi dernier, où nous évoquions qu’aucune des marques mentionnées ci-dessus n’a de représentant officiel à Maurice, nous avons relancé ces compagnies pour obtenir confirmation. Dans un courriel envoyé par Rolls-Royce vendredi soir, la compagnie affirme ne pas avoir de représentant officiel à Maurice : «Whilst there may be a dealership that supplies Rolls-Royce in Mauritius, it would not be one of our authorised approved dealerships as stated in the link below», dit-on.
Un autre courriel, émanant d’Aston Martin le même jour, précise : «As advised below, Aston Martin do not have an authorised Aston Martin dealer in Mauritius, and we do not have an approved service/parts repair centre in Mauritius.»
Dans un courriel reçu le 10 mars, Aston Martin ajoute : «I can confirm Aston Martin do not have a retail partner on Mauritius. Please note if you were to import an Aston Martin to Mauritius, the warranty would be region-specific for the country the vehicle was originally sold in, and as Aston Martin do not have a retail partner in Mauritius, the vehicle could not be serviced or parts also would not be available.» Enfin, dans un courriel de McLaren daté du 16 mars : «At present, we do not have a retailer located in Mauritius.»
À ce jour, Luxury Automobile Ltd se présente comme le Official Dealer pour McLaren, Rolls-Royce et Aston Martin. D’ailleurs, selon Leal & Co Ltd, partenaire de Luxury Automobile, «il est nécessaire que le constructeur ou son représentant identifie un marché ou un intérêt pour le produit», s’agissant des critères spécifiques requis pour devenir concessionnaire officiel de marques de luxe comme McLaren, Aston Martin ou Rolls-Royce à Maurice. Sur le plan légal et douanier, la compagnie souligne que toutes les marques automobiles doivent respecter une législation exigeant que le véhicule n’ait jamais été immatriculé dans un autre pays, et que le constructeur en autorise l’exportation vers Maurice selon le mode de distribution choisi. «Bien que ce soit le principal point de la réglementation, d’autres règles d’exportation s’appliquent également», précise-t-elle.
Quant à la nécessité de disposer d’un showroom physique à Maurice pour vendre des voitures de luxe, la compagnie affirme que «c’est le constructeur ou son représentant qui décide des modalités et conditions de la distribution. Un savoir-faire est toutefois requis dans l’après-vente».
Du côté de la Mauritius Revenue Authority, bien que nous attendions encore des réponses aux questions envoyées depuis plus de deux semaines, un document de la douane consulté par nos soins stipule que l’importateur doit «attach valid contract from manufacturer or distributor authorising import and sales in Mauritius».
À la suite de la parution de l’article mercredi, un propriétaire d’une McLaren neuve, récemment acquise pour environ Rs 15 millions, attend une réponse de son vendeur. «J’ai acheté la voiture en cash. J’ai d’abord versé un important acompte. Elle est personnalisée, et je l’ai reçue en 2023», confie-t-il sous couvert de l’anonymat. Il affirme que sa garantie provient d’Afrique du Sud. Bien qu’il n’ait pas encore pris de mesures, il envisage d’intenter une action en justice si son véhicule tombe en panne et que la garantie n’est pas reconnue localement. Dans ce cas, il compte poursuivre le vendeur.