L’envers du décor : Kovilen, contraint d’être « Taxi Marron » pour nourrir sa famille

il y a 4 heures - 22 Septembre 2026, ION NEWS
L’envers du décor : Kovilen, contraint d’être « Taxi Marron » pour nourrir sa famille
Un volant, quelques numéros enregistrés à la hâte dans un téléphone portable, et le regard constamment posé sur le rétroviseur. C’est la vie que mène Kovilen, 35 ans (prénom modifié).

Dans le paysage mauricien, son histoire est celle d’un père de famille ordinaire que la vie a poussé hors des clous. Pour lui, devenir «taxi marron » n’a jamais été une ambition, mais une question de survie.

Tout bascule en 2024, quand Kovilen travaillait alors comme livreur pour une grande chaîne de restauration rapide. L’homme raconte le non-respect de ses droits de travailleur les plus élémentaires : « Banla pas ti paye moi mo 2 dernier mois… mon kiter mon al fer complaint Labour Office tout pas nanier mem ». Sans revenu, avec des factures qui grimpent et la cherté de la vie qui étrangle les ménages, il s’est retrouvé dos au mur. Il devait impérativement nourrir sa famille, soutenir son épouse qui travaille dans un supermarché à Curepipe, et élever leur garçonnet de 5 ans.

Au départ, Kovilen cherche à rester dans la légalité. Il dit avoir postulé à la Public Service Commission (PSC) et à la Local Government Service Commission (LGSC) sans succès. Il tente alors sa chance pour obtenir une patente officielle de taxi auprès des autorités, ce qui devient son coup de grâce. Il dénonce une bureaucratie opaque et injuste : « banla get figir donn patente sa…mo essay apply pou enn patent mo pas gagner patent la kan mo call mo dimand NLTA bnla dir moi pou pass moi tel missier tel missier apres mo ress attend lor call laem ».

Dégoûté par le système, Kovilen prend une décision radicale : il se lance dans le transport clandestin. Depuis la fin de l’année 2024, il tourne quotidiennement entre Curepipe et Forest Side, poussant même jusqu’à Rose-Belle le samedi. Au fil des mois, il s’est bâti une clientèle fidèle qui compte sur lui pour les trajets quotidiens ou les petites courses : « Banla call moi parfois pou pran gaz depi lor filling… ena ban personnes dans laze zot dir moi al fer zot commission… ena zod moi bonheur ou tard pou al pran ek kit zot travay… mo ena mo client ek mo pe kav tir mo lavie ek Taxi Maron ».

Mais exercer dans l’ombre comporte d’importants risques. Pour éviter les contrôles et les amendes, la solidarité s’organise sur le terrain entre chauffeurs : « Ena en ti rezo sa pas zis Taxi Maron ena AutoEcole Maron si be lor nous group nous fini share sipa call si ena gard parla lerla nous pas fer sa larout la ».

Si le réseau permet d’esquiver la police, il ne protège pas du danger sur le terrain, surtout lors des sorties nocturnes le week-end. Être dans l’illégalité rend le chauffeur particulièrement vulnérable face à des clients difficiles : « Dann vendredi Samedi la… sa dimal sa kan asoir to gagne call pou al fer ban course depi ban soiree ou ban fete la ena cout li en risk paski toi to dza dan illegal mem la aster kan to zoin ban clients dans nissa ek zot zot pe arrazer ena coumans essay jouer lamain tout to oblizer conn fer face ».

Malgré les dangers, Kovilen ne veut plus entendre parler du secteur privé ou public. La peur de se faire exploiter ou renvoyer du jour au lendemain est trop forte. Pour lui, le salariat classique n’offre plus aucune garantie : « Mo pas rod apply lot travay si paski to pena securite dan Maurice… timama to kav pe bien travay dimain missie la gagne toi mang zot met toi dehors sois si kouleur chanzer banla met toi dehors pareil couman dernier elektion ». Il a aussi expliqué à la rédaction d’ION News qu’il économise ce qu’il peut pour mettre en place son propre petit business de vente de vêtements pour femmes « Sans Loan » et espère y arriver d’ici 2028. Cependant, il explique que : « Avec sa ban tax la pas compran em si pou fer sa business la… li en ambition mais mo trouv sa pe vin coumandir en reve ».

Le parcours de Kovilen interpelle sur les réalités du marché du travail actuel à Maurice, où l’économie informelle devient parfois le dernier refuge pour joindre les deux bouts. Face à cette situation, une question demeure : le marché du travail mauricien garantit-il encore une vraie sécurité et une protection sociale adéquate à ses citoyens ?