Metro Express: à Montagne des Signaux – La Butte, «kouma roulo pasé, plafon tonbé»

il y a 3 ans, 9 mois - 6 Mai 2019, lexpress.mu
Metro Express: à Montagne des Signaux – La Butte, «kouma roulo pasé, plafon tonbé»
Des ouvriers de Larsen & Toubro (L&T) en bleu. Des casques jaunes vissés sur la tête… Ils sont en permanence sur deux chantiers, à la Montagne des Signaux et à La Butte.

Sur le premier, ce sont les murs de soutènement qui retiennent l'attention. Les énormes camions transportant les matériaux également. Il faut à tout prix respecter l'échéance de septembre, mois lors duquel sera inaugurée la première phase du Metro Express, qui reliera Rose-Hill et Port-Louis.

En attendant, cette famille qui a élu domicile sur le flanc de la Montagne des Signaux, soit à 20 mètres du chantier, ne vit plus. Cette maison, Priya Julien, son époux, ses deux enfants, son petit-fils et deux personnes âgées y habitent. Elle est construite sur un terrain à bail qu'elle loue à Rs 1 250 par an. Depuis «l'arrivée» du métro, leur quotidien est bouleversé.

«Pou éna vibrasion kan métro pou roulé. Déza, avek travo, nou pé gagn vibrasion ziska dan nou lasam deryer»

C'est la peur au ventre que les membres de cette famille attendent que le rouleau compresseur, qui ferait selon Priya Julien, 30 tonnes, passe par là. Car à chaque fois, «léker bat dan molé». Tous ont peur que le ciel – ou plutôt le toit – leur tombe sur la tête. Les murs sont lézardés. Des débris jonchent le sol, dans le salon. «Inn gagn 2-3 semenn, plafon inn koumans gréné. Kot li'nn tonbé nou'nn les li lalem. Kouma roulo pasé, plafon tonbé

Pourtant, dit Priya, ils ont connu des glissements de terrain. «Nou lakaz ti éna plas félé, mé pa koumsa. Dépi travo, bann fant-la inn ouver.» Si elle a peur, c'est surtout à cause des enfants et des personnes âgées qui habitent avec elle, dont une est alitée. «Si tou tom lor nou, kouma pou lev bolom-la?» renchérit l'époux de Priya. Dormir ? Cette famille n'arrive plus à fermer l'œil de la nuit car «bann-la péna ler travay».

Que disent les autorités ? «Bann-la pé fer boul ar nou. Avoy nou enn kout Ébène. Lot kout Citadelle Mall, lot kout minisipalité. Nou pé fer nou zéfor pou nanyé.» Selon Priya, les autorités ont affirmé que sa famille et elle habitent loin du tracé du métro. «Elles disent qu'elles ne peuvent rien faire et que les travaux ne nous affectent pas. Voyez par vous-mêmes...»

«Eski enn métro ou enn loto pou sanz lavi enn dimounn? Enn loto roulé, li zoli, li enn lux, kan ou pou mor ladan, eski li pou vinn enn lux ?»

Une source proche du dossier affirme que les travaux de compactage de la terre ont été renvoyés à trois reprises, en attendant que les autorités trouvent une solution pour cette famille.

De l'autre côté de la route, les habitants ont vue sur la grisaille et le béton. Des pilotis s'élèvent sur le tracé, en attendant que des poutres horizontales soient installées afin d'accueillir des rails de socle, sur la partie surélevée. Ce faubourg de Port-Louis, avec son marché qui jadis, faisait le charme de ce quartier, se résume aujourd'hui à des va-et-vient d'ouvriers. «Ils travaillent jour et nuit. La poussière, le tapage, tout y est», soupire une habitante, rencontrée sur place vendredi 3 mai.

Adossée à une barricade bleue, Marie Dorestant papote avec les membres de sa famille. «Eski pou éna vibrasion? Kan fouyé mem, later tranblé. Aster kan metro pou pasé, pa koné ki pou éna...» Et de poursuivre : «Ena glisman térin isi. Aswar kan met kolonn, zot tapé mem. Lerla pa gagn somey.»

Une autre habitante, dont la maman vient de se faire opérer de l'œil, s'insurge contre les travaux, le manque de sécurité et de planification autour. «Pa kapav sorti lor simé. Inn vinn danzéré. Des fois, quand il y a deux camions qui se croisent, l'un emprunte le trottoir.» Les vibrations, les appréhende-t-elle aussi ? Oui, car elle les ressent déjà. «Pou éna vibrasion kan métro pou roulé. Déza, avek travo, nou pé gagn vibrasion ziska dan nou lasam deryer. Zot péna ler travay. Péna disiplinn.»

Le métro apportera tout de même une solution au problème d'embouteillage, non ? «Eski enn métro ou enn loto pou sanz lavi enn dimounn? Enn loto roulé, li zoli, li enn lux, kan ou pou mor ladan, eski li pou vinn enn lux ?» Pour une autre habitante, c'est la curiosité qui la poussera à voyager en métro. «Mo anvi séyé. Mem enn fwa.» Pour elle, il n'y a pas de «progrès» sans quelques «dégâts».