
La tentative d’alliance avec Honda s’est soldée par un échec, tandis que les effets des autres mesures vont encore mettre du temps avant de porter leurs fruits.
À moins d’un mois de la clôture de son exercice annuel, la situation économique de Nissan est plus que jamais dans le rouge. Après un exercice 2025 qui s’est soldé par une perte nette de 4,1 milliards de dollars, celui de cette année devrait être aussi mauvais, avec un déficit net estimé à 4,2 milliards de dollars. Nommé par le conseil d’administration pour redresser l'entreprise en remplacement de Makoto Uchida, Ivan Espinosa est à l’origine d’un plan drastique pour restructurer l’entreprise. Son grand objectif est de réduire les coûts au maximum tout en proposant une gamme plus attractive et donc entièrement renouvelée. Ce dispositif est déjà en cours et se fait dans la douleur : une fois mené à terme, il prévoit la suppression de 20 000 emplois partout dans le monde. Pour y arriver, au total, ce sont neuf sites qui devront fermer leurs portes. Parmi eux, sept usines et deux studios de design. La marque a par exemple déjà planché sur la vente de son site historique de Yokohama, s’est séparée de son usine de Rosslyn près de Pretoria en Afrique du Sud, revendue à une filiale locale du géant chinois Chery. Nissan a aussi cédé son usine de Changzhou en Chine. Cette dernière produisait 130 000 véhicules par an, soit 8 % des ventes mondiales de la marque. Le constructeur a par ailleurs vendu 495 691 voitures dans le pays en 2025, quand, dans de meilleures années, sa capacité de production locale dépassait allègrement le million. Et ce processus de ventes successives est encore loin d’être fini… Même sur des sites dont la marque ne se sépare pas, les cadences sont réduites, comme dans les usines américaines de Canton, dans le Mississippi, et de Smyrna, dans le Tennessee.
Nouvelle gamme et nouveaux propriétaires pour sauver Nissan ?
Entre le renouvellement de la Leaf, de la Micra (basée sur la Renault 5 E-Tech), la modernisation du Qashqai, ou encore l’arrivée future d’une petite citadine Wave reprenant la plateforme de la Twingo électrique, Nissan ne chôme pas pour tenter de renouveler entièrement sa gamme, jugée jusqu’ici vieillissante. En Europe tout du moins. Dans un entretien chez nos confrères du Financial Times, Ivan Espinosa le concède : diriger l’entreprise en ce moment n’est pas de tout repos. « Il se passe tellement de choses chaque matin que c'en est effrayant. » Pour assurer un avenir pérenne à la marque, le patron n'écarte aucune possibilité, y compris celle d’un rachat par un autre constructeur, ajoute-t-il dans la même interview : « Il devient de plus en plus difficile pour les entreprises de notre taille de rester compétitives dans cet environnement. Il faut rester ouvert et flexible. »
Un an plus tôt, une tentative de rapprochement avec Honda avait été sérieusement envisagée avant que Nissan décide de faire machine arrière. Le constructeur estimait que cette alliance, conçue pour être une fusion entre deux partenaires égaux, s'apparenterait plutôt à une prise de pouvoir de la part de Honda. Ce dernier aurait proposé de nommer la plupart des administrateurs de cette nouvelle entité ainsi que d’en choisir le PDG. Pour en revenir à sa situation actuelle, malgré son plan d'austérité particulièrement strict, Nissan risque d’être encore sous l’eau pour quelque temps avant que les effets des mesures d’Espinosa soient perceptibles. À moins qu’un rachat ne vienne changer la donne, mais cela tiendrait du providentiel.
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