Permis de conduire : Le fameux dépliant en carton bleu impossible à ranger

il y a 7 heures - 7 Octobre 2026, ION NEWS
Permis de conduire : Le fameux dépliant en carton bleu impossible à ranger
Alors que le gouvernement multiplie les annonces stratégiques et survend l’intelligence artificielle comme la panacée d’un Maurice futuriste, le quotidien administratif des citoyens reste profondément ancré dans une bureaucratie d’un autre siècle.

On nous promet des algorithmes prédictifs, de la gestion intelligente du trafic et des services publics ultra-connectés, mais cette ambition technologique frôle le ridicule face aux réalités du terrain. De la justice où les juges consignent encore les audiences à la main dans de volumineux registres, aux hôpitaux publics dépendants de cartes cartonnées gribouillées, en passant par l’exigence systématique de factures papier de la CWA ou du CEB de moins de trois mois pour la moindre démarche, l’administration mauricienne fonctionne toujours au papier carbone et au tampon en encre. Vouloir greffer de l’intelligence artificielle sur des bases de données morcelées et des flux de travail manuscrits qui ne communiquent même pas entre eux revient à installer un moteur de Formule 1 dans une charrette à bœufs.

Pendant ce temps, le symbole ultime de ce retard technologique continue de hanter le quotidien de chaque automobiliste : l’inestimable permis de conduire mauricien. À l’heure où la quasi-totalité des pays du monde a adopté depuis plus de deux décennies des cartes rigides à puce, Maurice persiste à émettre cet imposant dépliant en carton bleu. Ce document anachronique, trop grand pour entrer dans un portefeuille moderne ou un porte-cartes de sac à main, finit inévitablement plié, corné, effiloché ou scotché après quelques mois d’usage.

L’absurdité atteint son paroxysme lors des contrôles routiers. Si les autorités avancent la possibilité d’utiliser l’application mobile KOREK! pour présenter son permis numérique, la réalité du terrain et la rigidité de la réglementation créent une confusion constante chez les automobilistes. Entre les zones blanches où le réseau mobile fait défaut, les bugs d’accès à l’application MauPass et l’exigence stricte d’exhiber soit le document physique original soit ce format numérique spécifique — à l’exclusion de toute simple photo ou photocopie —, le citoyen se retrouve pris au piège.

La fragilité de ce carton encombrant le rend presque impossible à transporter au quotidien sans l’abîmer, mais ne pas être en mesure de le présenter immédiatement entraîne la délivrance d’un avis d’infraction exigeant de se déplacer en personne dans un poste de police sous cinq jours. En cas de perte ou de détérioration de ce chiffon de papier devenu illisible, la sanction est immédiate : un véritable parcours du combattant administratif au Traffic Branch, rythmé par les déclarations à la police, les formulaires manuscrits et les longues files d’attente aux guichets.

Il devient urgent de remettre les priorités dans l’ordre. Avant de spéculer sur des révolutions algorithmiques de pointe à des fins de communication politique, l’État ferait mieux de régler les chantiers prioritaires de la vie quotidienne. Numériser et fiabiliser les accès aux bases de données publiques, garantir une véritable interconnexion entre la police et les transports, et remplacer enfin ce livre ouvert en carton bleu par une carte rigide et sécurisée au format standard international serait un premier pas concret vers une modernisation véritable.