Réseau de vols en mer: Le skipper Kamlesh Boulaky traqué

3 hours ago - 9 April 2026, lexpress.mu
Réseau de vols en mer: Le skipper Kamlesh Boulaky traqué
Une enquête menée par les policiers de la Divisional Crime Intelligence Unit (DCIU) de la Northern Division a permis de mettre au jour un réseau structuré, impliqué dans des vols de bateaux, de moteurs de hors-bord et d’équipements marins dans plusieurs régions du Nord.

Les enquêteurs soupçonnent fortement le skipper Kamlesh Bolaky, actuellement recherché, d’être celui qui mène les expéditions maritimes clandestines.

La police craint que ce dernier ne prenne le large à tout moment et quitte le pays. Un appel est lancé au public : toute information pouvant mener à son arrestation doit être communiquée sur la hotline 148.

Les enquêteurs décrivent Kamlesh Bolaky comme un marin expérimenté, capable de naviguer de nuit et d’utiliser des embarcations rapides pour échapper aux contrôles.

La base : Cité Richelieu

Il serait à la tête d’un réseau opérant à partir de Cité Richelieu, avec des ramifications à Petite-Rivière et dans plusieurs villages côtiers du Nord. Selon les renseignements recueillis, les bateaux et moteurs volés serviraient à organiser des expéditions en mer, notamment entre Maurice et La Réunion, souvent privilégié pour l’importation de zamal, ainsi que des rencontres suspectes en pleine mer en direction de Madagascar.

Les investigations ont débuté après une série de plaintes enregistrées à la National Coast Guard et dans plusieurs postes de police. À Trou-aux-Biches, un pêcheur a signalé le vol d’un moteur hors-bord Yamaha 15 HP, fixé à son embarcation qui était amarrée dans le lagon. Le préjudice est estimé à Rs 30 000. Selon une autre plainte, un moteur Suzuki 20 HP a été dérobé dans la cour d’un établissement à Forbach. À Bain-Bœuf, un pêcheur a également rapporté le vol d’un moteur Yamaha 15 HP, pourtant sécurisé avec un cadenas. Dans un autre cas, un bateau et ses deux moteurs Yamaha ont disparu du lagon de Trou-aux-Biches et la valeur du vol est estimée à Rs 750 000.

D’autres victimes ont également signalé des vols similaires. À Grand-Baie, des cannes à pêche professionnelles et des moulinets de grande valeur ont été dérobés après une effraction dans un boathouse. À Balaclava, la disparition d’une embarcation équipée de deux moteurs et d’un échosondeur a été signalée. Le mode opératoire est similaire dans la plupart des cas : les cadenas sont brisés, les moteurs démontés rapidement et les embarcations déplacées discrètement durant la nuit.

Face à cette série de larcins, la DCIU Northern a lancé une opération d’envergure. L’analyse des renseignements recueillis par les Field Intelligence Officers a permis d’identifier deux véhicules suspects aperçus à proximité de plusieurs lieux de vols. Leur présence répétée dans ces zones et à des horaires critiques a éveillé les soupçons. Une surveillance a été mise en place, permettant aux enquêteurs de remonter progressivement vers un réseau basé à Cité Richelieu.

Dans le viseur de la FCC

Le 2 avril dernier, une équipe composée d’éléments de la DCIU Northern, de la DCIU Metro North, de la Criminal Investigation Division de Trou-aux-Biches, de la Maritime Intelligence Cell, de la Special Supporting Unit, de la Marine Commandos et de la Special Response Group, a mené une opération ciblée à l’avenue Beethoven, Cité Richelieu. Trois suspects ont été arrêtés : Ambrose Antonio Bauda, 50 ans, maçon ; Pierre Serge Stellio Victor, 53 ans, sans emploi ; et Julio Jean Michel Lajoie, 35 ans, plombier. Les enquêteurs soupçonnent ces individus d’être impliqués dans le stockage et la revente des moteurs volés, ainsi que dans la logistique du réseau.

Au fil des investigations, les enquêteurs ont également établi un lien entre cette série de vols et le trafiquant notoire Gino Meetun, basé à Cité Richelieu, récemment inquiété lors d’une opération menée par la Financial Crimes Commission. Lors de cette intervention, plusieurs biens avaient été saisis, dont des véhicules 4×4, une voiture de luxe ainsi que des camions enregistrés à son nom. Déjà fiché par la brigade antidrogue, ce trafiquant était dans le collimateur des autorités depuis plusieurs années. À plusieurs reprises, des opérations avaient été montées pour tenter de l’interpeller mais, faute d’éléments suffisants ou de flagrant délit, il avait réussi à échapper aux poursuites.

Les enquêteurs soupçonnent désormais que ce réseau de Richelieu servait de base logistique pour organiser les vols et les expéditions maritimes. Les moteurs dérobés auraient été utilisés pour équiper rapidement des embarcations destinées à des traversées clandestines. Certaines sources indiquent également que les bateaux volés pouvaient être utilisés pour effectuer des transferts en mer avant d’être abandonnés ou échoués.

À bord du «Mao»

L’enquête a aussi permis de faire le lien avec une affaire remontant à juin 2024 et relative à un bateau volé dans le lagon de Grand-Baie. Le Mao avait été retrouvé échoué à Saint-André, à La Réunion, avec à son bord Kamlesh Bolaky et Jean Stephen Ambalavani. Les deux hommes avaient été arrêtés par la gendarmerie réunionnaise, qui soupçonnait un transfert de drogue entre les deux îles. Bien qu’aucun stupéfiant n’ait été retrouvé lors de la fouille, ils avaient été renvoyés à Maurice et arrêtés à leur descente d’avion.

Lors de cet épisode, Kamlesh Bolaky et Jean Stephen Ambalavani avaient identifié Jérôme Roger Agathe comme étant celui qui leur avait remis le bateau.

Sur la côte nord, Pêcheurs et plaisanciers ciblés : Arrestations et équipements récupérés

Une vague de vols ciblant bateaux et moteurs hors-bord a frappé durement les pêcheurs et plaisanciers du littoral nord ces derniers mois. Entre février et mars 2026, plusieurs embarcations et équipements ont disparu de leur amarrage, certaines pertes individuelles atteignant plusieurs centaines de milliers de roupies, mettant en danger le travail quotidien des pêcheurs et la passion des plaisanciers.

Les vols ont concerné aussi bien des bateaux de pêche que des bateaux de plaisance, souvent amarrés à quelques mètres du rivage dans des lagons réputés calmes. Dans plusieurs incidents, les moteurs hors-bord ont été détachés ou sabotés, rendant les bateaux inutilisables, tandis que des équipements de pêche haut de gamme – cannes à pêche, moulinets et échosondeurs – ont été emportés. Dans certains cas, des embarcations ont disparu, entraînant des pertes financières considérables et, pour certains pêcheurs, un coup dur sur leur moyen de subsistance. Les victimes ont toutes rapporté que leurs bateaux étaient amarrés de manière sécurisée, mais que les voleurs ont agi avec une précision qui laisse penser à une organisation bien structurée.

Face à cette escalade, la DCIU Northern, en collaboration avec la Maritime Intelligence Cell et la CID Trou-aux-Biches, le GIPM, la SSU et le Special Response Group, a mené une opération coordonnée basée sur des renseignements précis et la surveillance de véhicules suspects. Deux voitures, une Chevrolet et une Mitsubishi, ont été régulièrement observées à proximité des lieux de vol et aux moments critiques, permettant aux enquêteurs d’établir un lien entre leurs déplacements et les vols systémiques. Ces observations ont conduit à un travail minutieux de suivi et la planification d’une opération ciblée visant à arrêter les auteurs présumés.

Le 2 avril, la DCIU a procédé à plusieurs arrestations décisives. Les suspects appréhendés sont Julio Jean Michel Lajoie, 35 ans, plombier, qui a reconnu sa participation et incriminé ses complices – Nicolas Maurice Pel, 45 ans, propriétaire du véhicule impliqué dans le transport des biens volés ; Ambrose Antonio Bauda, 50 ans, maçon, qui avait loué le véhicule pour faciliter les vols ; et Pierre Serge Stellio Victor, 53 ans, identifié par son complice. Lors des perquisitions, plusieurs équipements volés ont été récupérés, confirmant l’implication des suspects. Tous sont détenus au centre de Piton et font face à plusieurs accusations de vol qualifié et complicité de vol.

Cette série de vols met en évidence la vulnérabilité des biens maritimes le long du littoral nord et rappelle la nécessité d’une vigilance accrue. Les forces de l’ordre exhortent les pêcheurs et propriétaires de bateaux à sécuriser leurs embarcations et moteurs hors-bord, même pour de courtes périodes ; à assurer tous les équipements marins et à utiliser des systèmes de sécurité robustes, tels que cadenas et alarmes. Il est également essentiel de signaler immédiatement toute activité suspecte pour permettre une intervention rapide et éviter que d’autres pertes ne se produisent.