Usagers de la route: Les transports en commun face à leurs contradictions

1 day, 3 hours ago - 23 January 2026, lexpress.mu
Usagers de la route: Les transports en commun face à leurs contradictions
Se dirige-t-on vers une nouvelle hausse du prix du ticket d’autobus et de métro ? La question a refait surface cette semaine après les déclarations du ministre du Transport, Osman Mahomed, lors d’une rencontre avec la presse.

Le ministre n’a pas écarté l’éventualité d’une révision tarifaire. «Elle est possible mais n’est pas une priorité pour le moment», rappelant que la dernière augmentation remonte à mai 2022.

Ces propos ont suffi à enflammer les réseaux sociaux, de nombreux usagers exprimant leur ras-le-bol face à un service jugé défaillant. L’exaspération profonde est nourrie par les embouteillages chroniques, les retards fréquents et la dépendance accrue des ménages modestes aux transports publics, dans un contexte où l’achat d’un véhicule est hors de la portée de bon nombre.

Les opérateurs d’autobus sont surtout préoccupés pour des raisons économiques. Pour Sunil Jeewoonarain, secrétaire de la Mauritius Bus Owners Cooperative Federation, le secteur est aujourd’hui sous forte pression financière. «Les opérateurs ont acheté des bus neufs récemment» et certains modèles, notamment les semi-lower floor, ont été écartés en raison de problèmes techniques récurrents. Ils doivent se tourner à nouveau vers les bus standards moins polluants mais coûteux.

L’explosion des coûts est au cœur du problème. «En 2016, un bus neuf coûtait Rs 3 millions. Aujourd’hui c’est Rs 6 millions». Sans compter une hausse importante des primes d’assurance, passées de Rs 70 000 à Rs 150 000 pour un autobus neuf. Les charges salariales aussi ont augmenté, avec une base revalorisée d’environ 30 %, le retour au Portable Gratuity Fund et la contribution à la CSG.

Un système fragilisé

«Le gouvernement contrôle les tarifs, le nombre de bus sur les routes, les salaires, le prix du diesel… mais nous n’avons presque aucune marge de manœuvre ni de revenus alternatifs», déplore-t-il. La congestion routière, qui entraîne une consommation accrue de carburant, aggrave la situation.

Autre épine dans le pied des opérateurs : la prolifération des taxis illégaux, qui «absorbent une partie des revenus qui devraient revenir aux autobus», soutient Sunil Jeewoonarain. Sur des lignes rurales, des opérateurs roulent à perte. «Mais ils continuent pour ne pas perdre leur permis et survivent grâce à des activités parallèles». Les prêts contractés pour l’achat d’autobus, avec des taux d’intérêt élevés, accentuent la fragilité du secteur alors que la subvention gouvernementale plafonne à Rs 700 000 par véhicule.

Les opérateurs sont pourtant conscients de la réalité sociale. «Il faut penser aux petites bourses, à ceux qui n’ont pas les moyens d’acheter une voiture», insiste-t-il, suggérant que les opérateurs puissent avoir plus de liberté dans la fixation des tarifs.

Chiffres au rouge

Les chiffres renforcent ce malaise. Au 30 septembre dernier, le chiffre d’affaires de la United Bus Service Ltd avait chuté à Rs 228,8 millions contre Rs 235,8 millions un an plus tôt. L’entreprise affiche une perte opérationnelle de Rs 22,5 millions et un déficit net de Rs 22,7 millions alors qu’elle enregistrait un bénéfice de Rs 2,7 millions à la même période en 2024. Les actifs du groupe s’élèvent néanmoins à Rs 1,3 milliard.

Pour Reeaz Chuttoo, président de la Confédération des travailleurs des tecteurs public et privé (CTSP), «ce n’est pas le moment d’annoncer une hausse. Il y a une dégradation du système de transport et une grande incertitude chez les travailleurs», affirme-t-il, évoquant notamment l’annonce du cashless system, perçu comme une menace pour l’emploi des receveurs.

Il plaide pour une table ronde réunissant gouvernement, opérateurs et représentants des travailleurs afin de discuter des problèmes structurels avant toute décision tarifaire. «L’augmentation du ticket arrivera tôt ou tard, car l’accord collectif n’a pas été revu depuis 2016. Mais il y a une forme de chantage : pas d’augmentation des tarifs, pas d’augmentation salariale.»

Il met en garde contre l’introduction de travailleurs étrangers alors que de nombreux Mauriciens, notamment des relief workers, restent sur la touche. «Si le tarif augmente, les travailleurs exigeront une révision de leur accord collectif. Et s’ils sont ignorés, il y aura des confrontations.»