Pendant qu’on compte les points, les accidents mortels en hausse de 12,1 %

2 hours ago - 1 July 2026, ION NEWS
Pendant qu’on compte les points, les accidents mortels en hausse de 12,1 %
Cinq mois après son retour sur les routes, le permis à points n’a pas encore inversé la courbe de la mortalité.

Un constat qui n’est pas un échec, mais le rappel d’une réalité : on ne change pas les habitudes à coups de sanctions seulement. Réintroduit le 31 janvier dernier avec l’ambition affichée d’instaurer une conduite plus responsable, le permis à points devait marquer un tournant. À mi-parcours de l’année, les premiers chiffres racontent une autre histoire. Arrêtées au 26 juin, les statistiques font état de 65 accidents mortels depuis le début de l’année, contre 58 sur la même période en 2025, soit une hausse de 12,1 %.

Si le rythme se maintient, Maurice pourrait clôturer 2026 avec près de 130 accidents mortels, au-delà des 116 enregistrés sur l’ensemble de 2025. Ce n’est pas une prédiction, mais une projection : la simple prolongation d’une tendance qui, pour l’heure, va dans le mauvais sens et ce, malgré des campagnes de sensibilisation, un renforcement des contrôles et le retour d’un dispositif censé corriger durablement les comportements.

Un dispositif qui agit dans le long terme

L’expérience, à Maurice comme ailleurs, enseigne qu’un tel mécanisme ne porte ses fruits qu’au bout de plusieurs années. Son effet dissuasif ne s’enracine que lorsque le conducteur acquiert une certitude : celle d’être contrôlé, sanctionné rapidement et, le cas échéant, privé de permis. Sans contrôles fréquents, sans retraits de points appliqués sans délai et sans suspensions réellement effectives, la menace reste théorique et donc inopérante. Les spécialistes le répètent : le permis à points n’est pas un remède miracle.

Ce que révèle le bilan humain

Le détail des victimes éclaire la nature du problème. Les accidents ne sont pas plus meurtriers qu’avant — le nombre moyen de victimes par accident reste stable. Ce qui augmente, c’est le nombre de collisions mortelles elles-mêmes. Le combat se joue donc en amont : il s’agit moins de limiter les dégâts que d’empêcher l’accident de se produire.

Les usagers les plus exposés continuent de payer le prix fort. Les motocyclistes concentrent à eux seuls 31 décès, soit près d’une victime sur deux, en hausse d’environ 20 % sur un an. Viennent ensuite les piétons, avec 18 morts. À l’inverse, les conducteurs tués sont en recul (-25 %), signe possible d’une prudence accrue. Mais ce mieux est effacé par le bond du nombre de passagers décédés, passé de quatre à neuf, de quoi poser de nouveau la question du port de la ceinture à toutes les places.

Deux autres tendances se dégagent. La mortalité glisse vers les heures de pointe : le créneau de midi à 18 heures enregistre la plus forte progression (+35,7 %), devançant désormais les périodes nocturnes longtemps jugées les plus dangereuses. Et le profil des victimes demeure très masculin, avec plus de huit morts sur dix, reflet d’une exposition plus grande au volant comme d’une prise de risque plus marquée.

Un maillon, pas une solution miracle

Le permis à points n’est qu’une pièce d’un ensemble plus vaste. Il ne remplacera ni des infrastructures repensées, ni une meilleure protection des deux-roues et des piétons, ni une prévention ciblée contre la vitesse, les dépassements hasardeux, le téléphone au volant ou le mépris des équipements de sécurité. Les autorités ne disent pas autre chose, en l’inscrivant dans un train de mesures plus large : permis progressif, réhabilitation des routes accidentogènes, relance du National Road Safety Council, détection automatisée des infractions.

Le premier semestre 2026 ne signe donc pas la faillite du dispositif. Il rappelle une évidence souvent oubliée : la sécurité routière ne se résume pas à un arsenal répressif. Tant que les comportements à risque persisteront et que les usagers les plus fragiles concentreront l’essentiel des victimes, chaque trajet pourra encore basculer dans le drame. Changer la culture de la route est possible, mais c’est une affaire d’années, de constance et de bien plus qu’un permis à points.