Road Rage : Où est passée l’étude ?

4 hours ago - 1 September 2026, ION NEWS
Road Rage : Où est passée l’étude ?
Le gouvernement avait annoncé une enquête nationale sur la civilité et le comportement routier. Six mois plus tard, alors que les scènes d’agressivité continuent de se multiplier sur les routes, où en est cette étude ?

Insultes, menaces, intimidations, manœuvres dangereuses, altercations physiques… Le « road rage » semble désormais faire partie du quotidien sur les routes mauriciennes. Et pourtant, il y a six mois, le gouvernement annonçait vouloir mieux comprendre le phénomène.

Le 6 mars 2026, le Conseil des ministres avait donné son accord à l’introduction de la problématique de « road rage » dans le futur amendement de la Road Traffic Act. En parallèle, le ministère du Transport annonçait une enquête nationale sur la civilité et le comportement routier, menée en collaboration avec Cerebro Ltd et Etiquette Africa.

L’objectif annoncé était de recueillir les expériences et perceptions des automobilistes, des piétons et des usagers du transport public, afin notamment d’identifier les principales sources de tension sur les routes, d’évaluer les comportements lors d’accidents et d’orienter les futures campagnes de sensibilisation, les politiques publiques et les projets d’infrastructure. Mais où en est cette étude aujourd’hui ?

Six mois plus tard : toujours pas de résultats

En juin, le ministre Osman Mahomed confirmait encore que cette enquête était menée avec Cerebro Ltd et Etiquette Africa. Il expliquait que l’étude devait permettre de mieux comprendre les comportements et les tensions sur les routes. Depuis, les routes mauriciennes, elles, n’ont pas attendu.

Les vidéos d’altercations continuent de circuler sur les réseaux sociaux. Les automobilistes continuent de dénoncer les comportements agressifs. Et les autorités continuent de travailler sur un durcissement de la législation. Le problème n’est d’ailleurs pas nouveau.

En février, une analyse consacrée au « road rage » relevait déjà plusieurs incidents récents à Quatre-Bornes, Brisée-Verdière et Pamplemousses. À cette époque, le phénomène était déjà décrit comme une réalité préoccupante sur les routes mauriciennes. Depuis, de nouveaux épisodes sont venus rappeler que le problème est loin d’être réglé.

À Quatre-Bornes, en juillet

En juillet 2026, une vidéo et un témoignage circulant sur les réseaux sociaux faisaient état d’un nouvel incident de « road rage » à la foire de Quatre-Bornes. Selon le récit accompagnant la vidéo, un automobiliste présenté comme un expatrié ou un touriste serait entré dans une voie à sens unique à la recherche d’une place de parking. Ne trouvant pas immédiatement de place à proximité, il aurait ensuite tenté de revenir sur la route, provoquant une obstruction de la circulation.

Le témoignage fait également état d’une altercation verbale avec un autre automobiliste, présenté comme un homme âgé, ainsi que de plusieurs manœuvres jugées dangereuses à proximité d’autres véhicules et de piétons. Selon ce même récit, le conducteur aurait ensuite tenté de sortir par une voie signalée « No Entry ». Ces accusations restent celles du témoin et devraient naturellement être vérifiées par les autorités. Mais la question soulevée par cette affaire mérite d’être posée : les règles de circulation sont-elles réellement appliquées de la même manière à tous les usagers ?

À Powder Mill, la violence filmée

Quelques semaines plus tard, en août 2026, une nouvelle scène particulièrement violente a été filmée à Powder Mill, Pamplemousses, à proximité de Beau Plan Business City. Une vidéo transmise à la rédaction d’ION News montre une altercation entre deux automobilistes au beau milieu de la chaussée. La scène, filmée depuis l’habitacle d’un véhicule qui suivait les protagonistes, montre une confrontation verbale qui dégénère en affrontement physique.

Ce type de scène est particulièrement préoccupant parce qu’il ne s’agit plus simplement de conducteurs qui s’insultent derrière leur volant. Des automobilistes descendent de leur véhicule. Ils se confrontent. Ils se menacent. Et la violence physique peut prendre le dessus. Et lorsque cela se produit au milieu de la circulation, le danger ne concerne plus uniquement les deux protagonistes.

Le problème dépasse le « road rage »

Le phénomène est d’ailleurs plus large que les seules altercations entre conducteurs. Les comportements dangereux, le non-respect des règles de circulation et les manœuvres agressives alimentent un sentiment croissant d’incivilité sur les routes.

En juin, Osman Mahomed lui-même rappelait que le « road rage » devait être traité à travers la législation, tout en soulignant que l’application effective de la loi reste essentielle. Le gouvernement travaille ainsi sur un nouveau cadre légal destiné à réguler ces comportements. Mais parallèlement, l’étude annoncée devait précisément permettre de comprendre le phénomène et ses causes.

C’est là que la question devient intéressante. On ne peut pas simplement constater que les comportements se dégradent. Il faut aussi comprendre pourquoi. Alors, où est l’étude ? Six mois après son annonce, la question est désormais difficile à éviter. Où en est l’enquête nationale sur la civilité et le comportement routier ?

Le gouvernement avait annoncé cette étude comme un outil devant permettre de mieux comprendre les comportements sur les routes et d’orienter les futures campagnes de sensibilisation et politiques publiques. Depuis, les incidents continuent d’alimenter les réseaux sociaux et de susciter l’indignation.

Et pendant ce temps, le bilan de la sécurité routière reste préoccupant : 98 personnes avaient déjà perdu la vie sur les routes depuis le début de 2026 au 24 août, selon les chiffres rapportés récemment. Le gouvernement continue donc de travailler sur de nouvelles mesures et un durcissement de la législation. Mais si une enquête a précisément été commandée pour comprendre le comportement des usagers, les citoyens sont en droit de savoir où elle en est.

Les résultats sont-ils disponibles ? L’étude est-elle toujours en cours ? Et surtout, quand les conclusions seront-elles rendues publiques ? Car on peut durcir les sanctions. On peut modifier la loi. On peut multiplier les campagnes de sensibilisation. Mais si l’objectif est réellement de changer les comportements, encore faut-il comprendre ce qui pousse les automobilistes à perdre leur sang-froid au volant.

Deux incidents en quelques semaines, à Quatre-Bornes puis à Powder Mill, viennent une nouvelle fois rappeler l’urgence du problème. Le gouvernement avait annoncé une étude pour comprendre le phénomène. Six mois plus tard, peut-être est-il temps de nous dire où elle en est.