Routes sous tension : le gouvernement serre la vis face à l’indiscipline des automobilistes

2 days, 3 hours ago - 6 January 2026, lexpress.mu
Routes sous tension : le gouvernement serre la vis face à l’indiscipline des automobilistes
L’indiscipline sur les routes inquiète, entre excès de vitesse et conduite dangereuse. Pour y remédier, le permis à points entre en vigueur incessament. Les autorités renforcent la sécurité grâce à une plateforme citoyenne pour signaler les dangers, des «hotlines» et un système de caméras connecté pour surveiller et sanctionner les comportements à risque.

Il ne se passe désormais pas un jour sans qu’une vidéo ou des photos ne circulent sur les réseaux sociaux, mettant en lumière des comportements dangereux sur les routes mauriciennes. Dépassements hasardeux, zigzags à grande vitesse, non-respect des feux rouges ou conduite erratique laissant parfois supposer la consommation d’alcool ou de substances prohibées. L’indiscipline routière semble gagner du terrain, suscitant une vive inquiétude au sein de la population.

Face à cette situation préoccupante, le ministre du Transport, Osman Mahomed, annonce une série de mesures destinées à renforcer la sécurité routière, en attendant la réintroduction du permis à points. Une volonté affichée de «sévir» contre les comportements à risque, particulièrement en cette période de fin d’année, traditionnellement marquée par une hausse des accidents.

La récente vidéo, publiée seulement deux jours après l’ouverture de la nouvelle link-road reliant La Vigie à Flic-en-Flac, en est une illustration frappante. Les images, devenues virales, montrent un automobiliste perdant le contrôle de son véhicule en tentant de dépasser une autre voiture. Si la scène est spectaculaire, le conducteur s’en est sorti indemne. Un soulagement, mais aussi un signal d’alarme. Ce genre d’incident devient de plus en plus fréquent, notamment durant les périodes festives où la consommation d’alcool et de drogue contribue à augmenter les risques sur la route.

Dans ce contexte, le ministre du Transport a lancé une plateforme permettant aux citoyens de signaler des situations jugées dangereuses pour la sécurité routière. Toute personne témoin ou victime d’un problème peut désormais écrire à l’adresse électronique roadsafety@govmu.org. Osman Mahomed précise la portée de cette initiative : «Si un automobiliste ne s’arrête pas sur une ligne blanche parce qu’elle est trop pâle et qu’il percute une autre voiture, c’est un cas de road safety issue. Ou encore, s’il y a un nid-de-poule sur une route, qu’il est recouvert par l’eau de pluie, et qu’un motocycliste tombe dedans avant d’être projeté sur la chaussée, c’est aussi un road safety issue.»

Même si certains de ces problèmes relèvent d’autres instances, notamment le ministère des Infrastructures publiques, la National Development Unit (NDU) ou encore les collectivités locales, le ministre affirme que son ministère entend jouer un rôle de facilitateur. «Il y a une personne au sein de mon ministère – ce n’est pas son rôle principal – qui va assurer le suivi des courriels reçus. Une fois la plainte enregistrée, elle sera transmise au département concerné», explique-t-il. Cette coordination se fera à travers la Traffic Management and Road Safety Unit, qui opère sous l’égide du ministère du Transport.

Le ministre se veut clair : en cas d’absence de suivi, des relances seront effectuées. «Si nous envoyons une requête à la police et qu’il n’y a pas de suite, nous leur écrirons directement. Nous ferons également le nécessaire auprès des municipalités et des conseils de district pour signaler les nids-de-poule», assure-t-il, tout en rappelant que la police dispose également de hotlines permettant au public de signaler des incidents.

Au-delà des signalements citoyens, les autorités misent sur la technologie pour renforcer la surveillance routière. Osman Mahomed annonce une utilisation accrue des caméras du système Safe City. «Il est vrai qu’il existe déjà des speed cameras. Mais, comme annoncé lors du dernier budget, nous allons également utiliser les caméras Safe City. Il y en a environ 4 000 à travers le pays, dont 150 systèmes ITS (Intelligent Transportation System)», précise-t-il.

Jusqu’ici, ces caméras étaient principalement utilisées à des fins de surveillance générale. Une approche appelée à évoluer. Le ministre indique avoir récemment présidé une réunion regroupant des officiers de police, des représentants du Prime Minister’s Office* et de Mauritius Telecom, qui gère le système. «On nous a expliqué que le logiciel actuellement utilisé arrive presque à terme après dix ans. Une fois renouvelé, et avec l’apport de l’intelligence artificielle, plusieurs infractions pourront être détectées automatiquement», explique-t-il.

Parmi les infractions concernées : l’usage du téléphone portable au volant, le non-port de la ceinture de sécurité, les changements de voie brusques, la conduite en zigzag ou encore les excès de vitesse. «L’avantage, c’est qu’il n’y aura aucun contact humain. Aucun policier n’interviendra directement, donc il n’y aura pas de possibilité de parler de ‘bribe’. Les données seront transmises directement à la police, et l’automobiliste recevra son amende, sans oublier les points qui seront retirés de son permis», souligne le ministre.

Alors que les autorités s’apprêtent à renforcer leur arsenal contre l’indiscipline routière, le message se veut clair : la technologie, combinée à une participation citoyenne accrue, devrait permettre de réduire les comportements dangereux et d’améliorer la sécurité sur les routes mauriciennes. Un défi de taille, à l’heure où chaque geste d’imprudence peut avoir des conséquences irréversibles.

113 accidents mortels à ce jour, en baisse par rapport à 2024

Les derniers chiffres de la sécurité routière indiquent une légère amélioration par rapport à l’année précédente. Au dimanche 28 décembre 2025, 113 accidents mortels ont été recensés à Maurice, contre 123 à la même période en 2024. En ce qui concerne le nombre de victimes, 121 personnes ont perdu la vie sur les routes cette année au 28 décembre, contre 131 décès enregistrés à la même date en 2024. Parmi les victimes de 2025, 48 étaient des motocyclistes, une catégorie toujours particulièrement vulnérable. Le bilan humain fait également ressortir une forte majorité d’hommes parmi les personnes décédées, avec 101 hommes contre 20 femmes. Malgré cette baisse, les autorités rappellent l’importance de la prudence et du respect du Code de la route, surtout en cette période festive.