Osman Mahomed : «Si le permis à points ne fonctionne pas, il nous faudra revoir la loi»

il y a 6 heures - 10 Février 2026, lexpress.mu
Osman Mahomed
Osman Mahomed
Depuis le 1ᵉʳ février, le pays dispose à nouveau d’un permis de conduire à points. Une réponse directe du gouvernement pour contribuer à réduire le nombre d’accidents sur nos routes. Dans le cadre de cet entretien, le ministre apporte des éclaircissements sur ce nouveau système.

Êtes-vous satisfait de l’accueil public réservé au système du permis à points ?

Je dirais que l’accueil est nettement meilleur cette fois-ci. D’ailleurs, un collaborateur du ministère m’a fait remarquer qu’à la première introduction en 2012, ce n’était pas le cas.

Aujourd’hui, plusieurs éléments font la différence. D’abord, même si le nombre d’infractions couvertes est passé de 19 à 33, nous avons mené, en amont, une vaste campagne de communication. La population est consciente que, durant les dix dernières années, la flotte de véhicule a augmenté d’environ 50 % et que la situation sur les routes s’est détériorée : consommation de drogue et alcool au volant, conduite dangereuse, usage du téléphone en conduisant, non-respect du port du casque ou de la ceinture de sécurité. Les gens savent aussi que beaucoup de vies ont été malheureusement fauchées sur les routes. Cette prise de conscience a rendu le système plus acceptable. Les innovations que nous avons apportées aussi ont mené à une meilleure acceptation, notamment l’utilisation de l’application Korek dont je remercie le ministre Ramtohul pour son aide. Nous avons aussi ajouté un système de rattrapage et des infractions spécifiques comportent le fait que les points sont rétablis après 36 mois.

Parlez-nous du rattrapage intégré au permis à points ?

Le permis est plafonné à 15 points pour les détenteurs d’un permis définitif et à 10 points pour les apprentis conducteurs. Cela encourage les learners à adopter une conduite responsable et à avoir le permis définitif. Lorsqu’un conducteur approche du seuil critique, il peut demander, via la cour ou la police (officier de licensing), un rattrapage de 3 points maximum sur la dernière infraction commise. Ce mécanisme lui donne un délai supplémentaire et une chance de corriger son comportement. De plus, si pendant une période donnée – par exemple, 36 mois – aucune infraction n’est commise, les points peuvent s’effacer automatiquement. C’est une innovation importante.

Le permis à points vise-t-il réellement à sauver des vies ou à simplement punir davantage les conducteurs ?

Contrairement à l’ancienne loi basée uniquement sur des amendes sans mécanisme de récupération, le permis à points introduit un facteur dissuasif destiné à changer les comportements. L’ancienne loi a été durcie à quatre reprises sans produire les résultats escomptés. Sous l’ancien système, on comptait 249 disqualifications, alors que sous le système à points, seules 9 disqualifications ont été enregistrées. Lors de son introduction en 2012, le permis à points avait entraîné une baisse des accidents. L’objectif reste donc clair : modifier les comportements des usagers de la route et pas seulement sanctionner.

A-t-on suffisamment communiqué autour de cette réforme ?

Honnêtement, je ne pense pas qu’un projet de loi ait jamais bénéficié d’autant de communication auparavant. Le Premier ministre l’a annoncé lors du budget 2025- 26. J’ai fait la tournée des médias pour en parler (Radio Plus, Top FM, Radio One), télévision (MBC), presse écrite (l’express) ; des émissions comme Décryptage: tout le monde a été mobilisé. Nous avons imprimé 300 000 brochures, distribuées dans les journaux et les postes de police. Elles circulent aussi largement sur WhatsApp et les réseaux sociaux. Cette communication explique en grande partie l’acceptabilité accrue du système aujourd’hui.

L’insécurité routière a atteint des niveaux inquiétants. Est-ce un manque de contrôle ou de discipline ?

Les policiers sont déjà très présents, mais il est humainement impossible de couvrir tout le territoire. La nouvelle loi aide. Regardez Singapour ou Dubaï, on y voit peu de policiers sur les routes, car la technologie joue un rôle central. À Maurice, nous disposons de 63 caméras de vitesse. Nous travaillons à leur évolution vers des systèmes plus intelligents (caméras ITS, intelligence artificielle) capables de détecter excès de vitesse, franchissement de feux rouges, non-port de la ceinture et usage du téléphone au volant. Ces outils permettront aussi de collecter des données essentielles pour les politiques publiques.

En attendant ces caméras, c’est la police qui va s’occuper de contrôler ces infractions et appliquer le permis à points ?

Oui, et je dois dire que la police fait très bien son travail. On n’a qu’à voir le nombre de véhicules contrôlés par jour. Le 3 février, 4 082 véhicules ont été stopped and searched. Néanmoins avec les caméras on pourra couvrir plus d’infractions et ce sera comme à Singapour et Dubaï : on verra moins de policiers sur les routes.

Comment s’assurer qu’il n’y ait pas de corruption et que tout le monde soit traité sur un pied d’égalité ?

Je viens d’envoyer une vidéo au commissaire de police où deux policiers s’étaient garés sur une double ligne jaune pour aller manger. Le commissaire m’a assuré qu’il s’en occupe. Je suis intransigeant sur la question.

Vous pensez que ça va marcher ?

Le système de permis à points n’apporte rien de plus à ce qu’il y avait déjà dans la loi. La seule différence c’est le système de points.

Que se passe-t-il si un conducteur souhaite contester une infraction ?

Vous avez 28 jours pour payer une amende. Tant que l’amende n’est pas payée, aucun point n’est retiré. Si le conducteur conteste et gagne son procès, il n’y a ni amende ni point. S’il perd, l’amende peut doubler, tout comme les points retirés. Par exemple, une infraction à 2 points peut passer à 4 points. C’est un mécanisme dissuasif destiné à éviter les contestations abusives.

Pourquoi les courses illégales sont-elles sanctionnées plus sévèrement (8 à 10 points) qu’un excès de vitesse quand dans les deux cas ça peut tuer ?

Parce qu’il s’agit d’un comportement illégal et extrêmement dangereux. Il faut distinguer course illégale et rallye autorisé, qui se déroule avec des mesures de sécurité strictes et l’accord des autorités. Les courses sauvages représentent un danger majeur et doivent être stoppées. D’où la sévérité des sanctions.

Pouvez-vous résumer le fonctionnement de l’application Korek ?

L’application permet à chaque conducteur de consulter son solde de points en temps réel. Elle remplace l’ancien Driving Licence Counterpart par un Penalty Point Certificate numérique. Le paiement des amendes et la mise à jour des points sont automatisés et gratuits. Pour ceux qui ne maîtrisent pas la technologie, il sera toujours possible de passer par les guichets.

L’effacement des points estil une vraie seconde chance ?

C’est une seconde chance encadrée par la loi. La décision finale appartient au juge. Ce n’est pas un privilège, mais un outil pour encourager un changement durable de comportement. C’est peut être un avantage aussi. Je l’ai dit récemment. Beaucoup de personnes apprennent à conduire par eux-mêmes avant de venir passer le test. Ce système va nettoyer ce malaise.

Il faut aussi un changement de comportement sur nos routes…

Oui et le permis à points va aider à cela, car il y aura ce fear factor. Une personne aisée peut trouver une amende de Rs 2 000 facile à payer, mais maintenant le système de points va changer la donne. Conduire est un privilège.

Que va faire un chauffeur de profession qui perd son permis et se retrouve sans emploi ?

On a abordé cela lors de différents comités. Si c’est un chauffeur professionnel, il n’est pas supposé faire d’erreurs. Néanmoins, avec le nouveau système de récupération de points, il aura une marge de manœuvre avant de perdre sa licence définitivement. Quand il ira devant un magistrat pour plaider, le magistrat verra qu’il dépend de son permis pour gagner son pain. Il aura cette remise de trois points. J’en suis sûr. Un chauffeur professionnel doit mieux se comporter que les autres car c’est son métier et il est plus souvent sur la route que les autres. Tout est une question de responsabilité.

Pour un chauffeur qui vient d’obtenir son permis, n’est-il pas désavantagé comparé à celui qui compte des années d’expérience ? Car l’erreur est humaine. Pour lui, nouveau sur la route, y aura-t-il un temps d’adaptation ?

Justement. Voilà pourquoi l’on vient avec le Graduated licence scheme. Il aura une période probatoire. Les policiers au Casernes centrales ont aussi évoqué avec moi la possibilité de mettre en place une simulation chamber pour l’apprentissage des nouveaux conducteurs.

On en est déjà à 21 morts sur nos routes cette année. Pensez-vous vraiment que le permis à points va changer la donne?

Le système fonctionne dans plusieurs autres pays. Si ça ne fonctionne pas, il nous faudra revoir la loi car notre objectif au gouvernement, c’est la sécurité routière. Monn lir dan enn kominike, enn pei pe advise so bann dimounn fer atansion sekirite routier dan Moris. Bizin sanz sa parski nou pei enn pei touristik.