À l’époque, l’essence coûtait Rs 66,20 le litre, le diesel Rs 63,95. Deux ans plus tard, après la hausse tombée cette semaine, l’essence est à Rs 77,70 et le diesel à Rs 78,35, soit, par rapport au point de départ de la promesse, environ 17 % de plus pour l’essence et près de 23 % pour le diesel.
Il faut être juste avec les faits. Après les élections, les prix ont effectivement reculé : l’essence est descendue à Rs 61,20, puis jusqu’à Rs 58,45 au 3 mars 2026. Sur le papier, l’engagement semblait amorcé. Mais cette baisse est restée bien en deçà de ce que la campagne avait laissé entrevoir : là où l’on promettait un allègement marqué du prix à la pompe, les Mauriciens n’ont vu qu’un fléchissement modeste, et de courte durée. La promesse, dans les faits, n’a jamais été pleinement honorée, même au moment où les prix baissaient.
C’est ensuite que la tendance s’est brutalement inversée. De Rs 58,45 en mars, l’essence est passée à Rs 64,25 en avril, Rs 70,65 en août, et désormais Rs 77,70. Le diesel a suivi la même pente, jusqu’à Rs 78,35. En quelques mois, le maigre recul obtenu s’est effacé, et les prix ont dépassé leur niveau de 2024. Autrement dit : non seulement la baisse promise n’est jamais venue dans l’ampleur annoncée, mais l’automobiliste paie aujourd’hui davantage qu’avant l’élection qui la lui avait promise.
Face à ces hausses, le ministre du Commerce, Michael Sik Yuen, invoque des facteurs hors du contrôle de Maurice, et défend la structure fiscale. Interrogé sur la possibilité de supprimer temporairement certaines taxes par nos confreres de la presse, il met en garde, selon des propos rapportés : « Le modèle de Maurice n’est pas comme celui d’autres pays. » Il rappelle que la taxe de Rs 1,75 destinée à la Road Development Authority finance le transport gratuit des étudiants et des personnes âgées, plus de Rs 300 millions par an, et que retirer la contribution de Rs 7,20 par litre ferait, selon lui, passer le sachet de riz ration de Rs 56 à Rs 150, et la bonbonne de gaz de Rs 250 à Rs 600. L’argument mérite d’être entendu : alléger la fiscalité sur le carburant a un coût ailleurs.
Reste que cette défense n’épuise pas le débat. Car si les cours internationaux et le taux de change pèsent bien sur le prix à la pompe, la part des taxes et prélèvements, elle, relève d’un choix. Sik Yuen a d’ailleurs précisé que la hausse « aurait dû être de 18 % », plafonnée à 10 % par le mécanisme en place, ce qui laisse entendre que d’autres révisions pourraient suivre. Entre un engagement de campagne qui promettait la baisse et une réalité qui l’a effacée, la question posée aux Mauriciens est simple : la promesse de 2024 tenait-elle compte d’un monde qui pouvait changer ou n’était-elle pas tenable dès le départ ?